Vittoria Colonna 
di 
J. Le Fevre Deumier, 1856

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Ischia è la più estesa e più affascinante di queste isole greche che sembrano fare del golfo di Napoli un immenso giardino di acqua, i cui boschetti sono altrettante miniature della Svizzera. Con le sue foreste, le sue sorgenti, le sue rocce, i suoi vulcani che non gettano più che fiori, è senz’altro uno dei più magici soggiorni che possa immaginare l'anima del poeta. Accanto al tumulto sfrenato di una capitale, è il ritrovo più ombreggiato e più raccolto, un paradiso di verde e di silenzio, protetto dalle onde trasparenti del mare Tirreno contro il rumore e la polvere dell'inferno napoletano. È qui che, nella sua infanzia, Vittoria rimaneva più spesso che a Napoli. È qui, in questo Éden preparato già ai sogni platonici di Vico, che fu in parte educata tra gli ospiti illustri che frequentavano il palazzo della duchessa di Francavilla: l'arcade Sannazaro, il credulo storico Paolo Giovio, il romanzesco Bernardo Tasso, e venti altri i cui i nomi, oggi meno conosciuti, non cedevano allora ai loro. Questi facevano a gara nel celebrar una sì dolce residenza, e nessun dubbio che il loro esempio, come anche i paesaggi di fate che li ispiravano, abbiano affrettato lo sviluppo di questa fresca e luminosa intelligenza che annunciò presto ciò che doveva essere e ciò che diventò.

Ischia est la plus étendue et la plus charmante de ces îles grecques qui semblent faire du golfe de Naples un immense jardin d'eau, dont les massifs sont autant de miniatures de la Suisse. Avec ses forêts, ses sources, ses rochers, ses volcans qui ne jettent plus que des fleurs, elle est sans contredit un des plus magiques séjours que puisse imaginer l'âme du poêle. C'est, à côté du tumulte effréné d'une capitale, la retraite la plus ombreuse et la plus recueillie, un paradis de verdure et de silence, défendu par les flots transparents de la mer de Tyrrhène contre les vagues de bruit et de poussière de l'enfer napolitain. C'est là que, dans son enfance, Vittoria demeurait plus souvent qu'à Naples. C'est là, dans cet Éden préparé d'avance aux rêves platoniques de Vico, qu'elle fut en partie élevée au milieu des hôtes illustres qui fréquentaient le palais de la duchesse de Francavilla, l'Arcadien Sannazare, le crédule historien Paul Jove, le romanesque Bernardo Tasso, et vingt autres dont les noms, aujourd'hui moins connus, ne le cédaient pas alors aux leurs. C'était à qui d'entré eux célébrerait une si douce résidence, et nul doute que leur exemple, aussi bien que les paysages de fées qui les inspiraient, n'aient hâté le développement de cette fraîche et lumineuse intelligence qui annonça de bonne heure ce qu'elle devait être et ce qu'elle devint.

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Sembra, se ci si riporta alle memorie epistolari del tempo, che ritornò a Roma nel 1538, e che ripartì nel 1539, sia per visitare altre contrade d'Italia, sia per rivivere la sua solitudine di Ischia, verso la quale andavano spesso i suoi sogni; che risvegliavano i suoi ricordi, quando ne era lontano; che ravvivavano le sue pene, quando si ritrovava faccia a faccia con il suo calvario, dove salassava ancora la sua felicità crocifissa. Due dei suoi sonetti esprimono con eloquenza questi aspetti contraddittori dell'anima che le facevano ora amare e ora odiare, cercare e respingere questa dimora.

Il parait, si l’on s'en rapporte aux mémoires épistolaires du temps, qu'elle revint à Rome en 1538, et qu'elle repartit en 1539, soit pour visiter d'autres contrées de l'Italie, soit pour revoir sa solitude maintenant négligée d'Ischia, vers laquelle s'envolaient souvent ses songes ; que redemandaient ses souvenirs, quand elle en était loin ; qui ravivait ses peines, quand elle se retrouvait face à face de ce calvaire, où saignait encore son bonheur crucifié. Deux de ses sonnets expriment avec éloquence ces mouvements contradictoires de l'âme, qui lui faisaient tour à tour aimer et haïr, chercher et repousser cette retraite.

   Quand’io del caro scoglio miro intorno
La terra e 'l ciel nella vermiglia aurora,
Quante nebbie nel cor son nate allora,
Scaccia la vaga vista e ‘l chiaro giorno.
   S’erge il pensier col sole; ond' io ritorno
Al mio che 'l ciel di maggior luce onora;
Et da quest' altro par ch' ad ora ad ora
Richiami l’alma al suo dolce soggiorno.
   Per l’esempio d’Elia, non con 1'ardente
Celeste carro, ma col proprio aurato
Venir se '1 finge l’amorosa mente,
   A cangiarne l’umil doglioso stato
Con l’altro eterno; e in quel momento sente
Lo spirto un raggio dell’ardor beato

Quand, de ce cher écueil, je regarde autour de moi la terre et le ciel qu'envermeille l'aurore, tout ce qu'il m'a pu naître de nuages au cœur se dissipe, chassé par ces perspectives ravissantes et la clarté du jour.
Ma pensée se lève avec le soleil, puis je m'en éloigne pour retourner au mien, qui honore le ciel d'une splendeur plus grande, et il me parait que, d'heure en heure, celui-là rappelle mon âme à son doux séjour.
A l'exemple d'Élie, non sur le char ardent de l'Écriture, mais porté sur l’or roulant du sien, mon imagination amoureuse se figure le voir venir :
Je crois qu'il vient changer mon humble état de douleur contre l'éternelle félicité, et je sens, en ce moment, pénétrer dans mon esprit un rayon enflammé de sainte béatitude.

Di un tono più triste e più severo, il secondo sonetto sembra meglio esprimere il suo stato abituale. Il primo non è che una finzione, una di quelle consolazioni dello spirito che non sono spesso che una lusinga e il cui sogno non arriva sino al cuore ; l’altro è doloroso come la realtà

D'une teinte plus triste et plus sévère, le second de ces sonnets me semble mieux peindre son état habituel. Le premier n'est qu'une fiction, une de ces consolations de l'esprit qui ne sont souvent qu'un leurre, et dont le rêve ne va pas jusqu'au cœur; l'autre est douloureux comme la réalité.

   Vivo su questo scoglio orrido e solo,
Quasi dolente augel che ‘l verde ramo
E l’acqua pura abborre ; e a quelli ch'amo
Nel mondo, ed a me stessa ancor m'involo,
    Perché espedito al sol che adoro e colo
Vada il pensiero. E sebben, quanto bramo,
L’ali non spiega; pur quand' io '1 richiamo
Volge dall' altre strade a questa il volo.
   E 'n quel punto che giunge lieto e ardente
Là ve l’invio ; si breve gioia avanza
Qui di gran lunga ogni mondan diletto.
   Ma se potesse l'alta sua sembianza
Formar, quant’ella vuol, l’accesa mente;
Parte avrei forse qui del ben perfetto.

Je vis sur ce rocher horrible et solitaire comme l'oiseau plaintif à qui le rameau vert et l'eau pure répugnent : et à ceux que j'aime dans le monde, et à moi-même aussi je me dérobe ;
Parce que ma pensée agile se hâte d'aller à ce soleil que je révère et que j'adore; et, bien qu'elle ne déploie pas autant que je voudrais ses ailes, cependant, quand je le lui ordonne, elle se détourne de toute autre route pour voler à celle-là.
Et, aussitôt qu'elle arrive ardente et satisfaite au but où je la dirige, une si courte joie surpasse de bien loin tout plaisir de la terre.
Ah! si mon esprit enflammé pouvait
, autant qu'il le désire, revêtir d'une forme vivante sa haute et sublime image, j'aurais peut-être ici-bas une part du bonheur parfait.

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